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CENTRE D'ETUDES JURIDIQUES APPLIQUEES

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Blog d'infos sur les droits de l'homme dans le grand Nord-Kivu


Exploration du pétrole dans le parc des Virunga : Human Rights Watch indexe Soco international

Publié par CENTRE D'ETUDES JURIDIQUES APPLIQUEES-CEJA-UCG sur 5 Juin 2014, 12:26pm

Human Rights International, une Ong d’envergure internationale, a directement chargé la firme britannique Soco International dans les attaques répétées dans le parc national des Virunga. Selon HRW, l’activité pétrolière que se propose d’entreprendre Soco serait à la base du regain d’insécurité dans le plus vieux parc de l’Afrique.

L'ONG internationale Human Rights Watch a exigé, dans un rapport rendu public hier mercredi, que des enquêtes soient menées sur les attaques ayant récemment ciblé des opposants à un projet d'exploration pétrolière mené dans la concession du parc national des Virunga, l’un de plus anciens en Afrique. Ce qui met directement en cause l’entreprise britannique, Soco internationale, qui ambitionne d’exploiter le pétrole dans cette aire protégée.

Selon l’ONG américaine, « les autorités congolaises devraient mener des enquêtes approfondies et impartiales sur les menaces et les violences à l'encontre des gardes du parc (...) et des activistes locaux militant pour la défense de la nature », indique dans un rapport l'organisation américaine de défense des droits de l’homme.

La malédiction du pétrole

« L’attaque à l’encontre du directeur du parc national rappelle de façon douloureuse et choquante que les personnes qui travaillent à la protection du parc le plus ancien d’Afrique – son habitat, sa faune et ses communautés locales – le font au prix de risques énormes. Les autorités congolaises doivent faire en sorte que les responsables de cette attaque et d’autres soient arrêtés et poursuivis en justice », a indiqué HRW. HRW est d’avis que « le gouvernement devrait examiner si les incidents sont liés aux projets concernant l’éventuelle exploration pétrolière à l’intérieur et à proximité du parc des Virunga par SOCO International, une compagnie pétrolière britannique opérant dans l’est de la RD Congo ».

Dans son rapport, HRW note que « plusieurs gardes de parc et activistes ont été détenus de façon arbitraire par les autorités, et menacés ou agressés par des personnes non identifiées après avoir critiqué des projets d’exploration pétrolière dans le parc des Virunga, patrimoine mondial de l’UNESCO qui abrite un grand nombre des derniers gorilles de montagnes. Le 15 avril 2014, des hommes armés ont tiré sur le directeur du parc, Emmanuel de Mérode, un ressortissant belge, et l’ont gravement blessé. Des représentants de la justice militaire et de la police congolaises ont ouvert une enquête sur l’attaque ».

« L’attaque à l’encontre du directeur du parc national rappelle de façon douloureuse et choquante que les personnes qui travaillent à la protection du parc le plus ancien d’Afrique – son habitat, sa faune et ses communautés locales – le font au prix de risques énormes », a déploré Ida Sawyer, chercheuse senior sur la RD Congo à Human Rights Watch. « Les autorités congolaises doivent faire en sorte que les responsables de cette attaque et d’autres soient arrêtés et poursuivis en justice ».

Le procureur fédéral belge devrait également envisager, reprend HRW dans son rapport, « d’ouvrir une enquête sur l’attaque du fait que de Mérode est un ressortissant belge. Les autorités judiciaires belges et congolaises pourraient travailler ensemble afin de renforcer l’enquête ».

Il faut dire que De Mérode et d’autres gardes de parc, des activistes et des membres de la communauté locale critiquent depuis longtemps la proposition de l’exploration et l’exploitation du pétrole dans le parc, dont ils pensent qu’elles auront un impact négatif sur le parc, sa faune et les communautés locales. En 2006, SOCO International a signé un contrat de partage de production avec le gouvernement congolais pour effectuer des explorations de pétrole à l’intérieur et à proximité du parc des Virunga. En octobre 2011, SOCO a reçu un permis pour effectuer des explorations de pétrole à Block V, une vaste région située dans l’est de la RD Congo, dont 52 pour cent se trouve dans le parc des Virunga, près de l’habitat des gorilles en voie d’extinction.

De Mérode et d’autres gardes de parc ont affirmé que les activités de SOCO dans le parc enfreignent le droit congolais et international, qu’en tant qu’agents du gouvernement, les gardes de parc ont, selon eux, le devoir de faire respecter. D’autres autorités gouvernementales à Kinshasa et dans l’est du Congo soutiennent les projets de SOCO, du fait des importants gains financiers potentiels qu’apporterait le pétrole.

La compagnie SOCO a nié tout rôle dans les menaces, les actes de violence, ou le recours à des paiements illicites ou « pots-de-vin », mais a affirmé qu’elle examinera les allégations de corruption de ce type, et condamné l’usage de la violence et de l’intimidation.

La semaine suivant l’attaque qui a visé de Mérode, au moins trois défenseurs des droits humains et de l’environnement ont reçu des menaces par messages texto (SMS) provenant de numéros non identifiés, a indiqué HRW. L’un des messages disait (en utilisant quelques abréviations) : « Tu joues avec le feu [nom de l’activiste], tu vas te brûler ta deuxième jambe, c’est inutile de changer de voiture car nous connaissons toutes les voitures et nous sommes partout où vous passez avec votre équipe. Ne croyez pas que si nous avons raté votre directeur qu’on peut vous rater aussi ». Un autre message disait : « Vous pensez qu’en écrivant vous nous empêcherez d’extraire le pétrole. Vous allez mourir pour rien comme de Mérode ».

Dans son rapport, HRW rappelle que « des victimes d’exactions et des témoins de ces incidents soutiennent que des agents gouvernementaux, militaires et des renseignements congolais qui appuient l’exploration de pétrole dans le parc étaient responsables de nombreuses menaces et actes de violence commis par le passé contre des militants et personnels du parc ».

Par conséquent, HRW « a exhorté le gouvernement britannique à enquêter sur les activités de SOCO dans l’est de la RD Congo dans le cadre de la loi du Royaume-Uni sur la corruption. Toute enquête devrait examiner les actes de corruption ou de subornation pouvant avoir conduit à des attaques et des menaces contre les gardes de parc et les activistes ».

« Les allégations selon lesquelles des représentants de SOCO auraient offert des paiements illicites dans le climat instable du parc des Virunga doivent être prises au sérieux », a conclu cependant Ida Sawyer de HRW. « La compagnie SOCO devrait enquêter sur ses représentants et agents, ainsi que sur les entreprises avec qui elle a signé des contrats, et s’assurer qu’aucun d’eux ne soit impliqué dans du harcèlement d’activistes ou de personnel du parc », pense-t-elle.

Interrogée par HRW, Soco a nié tout rôle dans les menaces, les actes de violence, ou le recours à des paiements illicites ou pots-de-vin. La société a toutefois condamné l'usage de la violence et de l'intimidation et affirmé qu'elle examinera les allégations de corruption.

La réplique de Soco

Dans sa réponse du 30 mai à une lettre de Human Rights Watch portant sur les allégations selon lesquelles des représentants de SOCO étaient impliqués dans la corruption, le directeur général adjoint de SOCO, Roger Cagle, s’est défendu, selon le rapport, en ces termes : « Il y a eu un nombre substantiel d’allégations fausses et inexactes à l’encontre de SOCO International Plc ces dernières années et en particulier au cours du dernier mois. Malheureusement, un certain nombre de ces allégations ont découlé de déclarations inexactes, fausses, déformées et/ou exagérées rendant compte de nos activités en République démocratique du Congo (la + RDC +). Il semble également que de plus en plus toute personne se livrant à une conduite douteuse et contraire à l’éthique est immédiatement cataloguée comme +représentant de SOCO+ et +partisan de SOCO+ même quand ces personnes ne font tout simplement pas partie et n’ont rien à voir avec elle. …

Nous opérons selon un strict code de déontologie et d’éthique (notre +Code+). … Nous sommes pleinement engagés envers une conduite honnête et éthique de nos affaires et nous attendons des entreprises avec qui nous travaillons, de nos fournisseurs et de nos agents qu’ils se conduisent de la même façon. En outre, la Compagnie fonctionne en accord avec la loi du Royaume-Uni de 2010 sur la corruption, et dans le cadre de notre code de Bonne gouvernance en matière de corruption (Bribery Risk Governance), nous disposons d’un processus formel pour atténuer les risques de corruption ».

En ce qui concerne les allégations spécifiques de corruption soulevés par Human Rights Watch, Cagle a également écrit que les responsables de la compagnie « n’ont aucune information quant à savoir si oui ou non les incidents ont réellement eu lieu, et si oui, ce qui s’est produit. Toutefois, sur la base des informations dont nous disposons, nous avons enclenché les procédures dans notre code ».

Créé en 1925 sous la colonisation belge, le parc des Virunga est l'un des plus vieux parcs nationaux d'Afrique. Classé au patrimoine mondial de l'Unesco, il abrite des gorilles des montagnes et une petite population de gorilles des plaines menacée d'extinction.

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