République Démocratique du Congo / Kinshasa
Journaliste en danger (JED) dénonce la détention, mardi 11 mars 2014, de Christian Kahindo Muke, directeur de « Rafiki », un journal paraissant à Butembo, ville située à 300 km de Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu (Est de la RDC), au cachot du parquet près le tribunal de paix de Butembo.
Selon les informations parvenues à JED, Christian Kahindo Muke a été mis aux arrêts, mardi 11 mars 2014, quelques heures seulement après son audition au parquet près le tribunal de paix de Butembo au sujet de la publication d’un article mettant en cause un député national dans une affaire de détournement de fonds. L’infraction « d’incitation au trouble public » a été retenue à son endroit.
Christian Kahindo Muke est depuis quelques jours victime d’un acharnement judiciaire pour avoir publié, dans son édition n°003 du 25 janvier 2014, un article intitulé « Le GCLG (ndlr : Groupe de Chercheurs Libres du Graben) du député Mbindule Mitondo escroque plus de 50.000 $ US du belge Yves Verreydt ». Dans cet article, Christian Kahindo avait dénoncé le détournement de cette somme sollicitée par M. Mbindule à M. Yves Verreydt pour la réalisation d’un projet d’installation d’un cyber café communautaire dans la ville de Butembo.
Le domicile de Christian Kahindo Muke a été investi, mardi 11 mars 2014 vers 5 heures du matin, par deux agents de la police judiciaire porteurs d’un mandat d’amener délivré par le parquet près le tribunal de paix de Butembo à l’endroit du journaliste sur plainte de M. Katembo Tsongo, proche collaborateur du député Mbindule, cité dans cet article. Après avoir refusé d’être conduit à la prison, le journaliste a aussitôt fait appel à son avocat qui entrera immédiatement en contact téléphonique avec le magistrat instructeur du dossier. Ce dernier se ravisera en demandant que le journaliste se présente librement au parquet, le même jour vers 9 heures, pour son audition. Juste après sa déposition, Christian Kahindo Muke a été mis sous mandat d’arrêt provisoire sans avoir été confronté au plaignant.
Christian Kahindo Muke fait également l’objet depuis le 8 février 2014 d’une action en justice pendante devant le tribunal de paix de Butembo, initiée par le député Mbindule et pour le même fait. Ce dernier accuse le journaliste « d’imputations dommageables » et sollicite du tribunal sa condamnation à titre de dommages intérêts à une somme de 10.000 dollars américains. Suite à plusieurs remises depuis le début de cette action, le journaliste n’a pas encore présenté ses moyens de défense suite à l’indisponibilité dudit tribunal.
Contacté par JED, M. Athanase Malikidogo, avocat du journaliste a déclaré que son client a été sommé par le magistrat de livrer sa source d’information. « Mon client n’a pas obtempéré à cette demande et a, par contre, soutenu avoir fait son travail avec professionnalisme. Je ne pouvais pas accepter que les agents du parquet amènent le journaliste en prison sur base d’un simple mandat d’amener, car aucun mandat de comparution n’avait été adressé à mon client par le parquet près le tribunal de paix de Butembo. Il y a un mandat d’arrêt provisoire contre le journaliste qui a été signé par le procureur juste après son audition. Cela atteste de la volonté de vouloir faire taire le journaliste. C’est parce qu’un député est mis en cause dans un article de presse qu’on peut parler d’incitation au trouble public ? Il y a un flou dans cette affaire. Le problème de ce député est de voir le journaliste livrer sa source d’information et être ainsi réduit au silence. », a-t-il ajouté.
Journaliste en danger (JED) condamne avec la dernière énergie l’acharnement judiciaire dont est victime Christian Kahindo Muke qui n’a fait que son devoir de journaliste, et exige par conséquent sa libération immédiate et sans condition.
JED demande que le droit à un procès équitable soit garanti et que le principe sacré de la présomption d’innocence soit respecté.